PYRENEES-MONT PERDU
EXTRAITS DU RAPPORT DES EXPERTS DE L’UNESCO
(Novembre 2007)

A la demande de l'"Etat partie français" une mission d'expertise (Experts Unesco/Icomos/Uicn) a été réalisée en 2007 (30 juillet- 3 août) sur le site transfrontalier du massif du Mont-Perdu et plus particulièrement à Gavarnie.

Malgré l'engagement formulé par écrit en 1997, les représentants de l'Etat français, mal informés par certains élus locaux, ont supposé que les premiers experts qui avaient demandé que le festival de Gavarnie ne se tienne plus à La Courade, n'avaient pas reçu d'explications suffisantes sur le déroulement de cete manifestation.

Le rapport de ces nouveaux experts confirme en tous points les conditions demandées initialement pour obtenir l'inscription sur la liste du Patrimoine Mondial, à savoir le déplacement du festival.

Il convient de rappeler que c'est sur cet engagement écrit de déplacer ce festival que le Comité du Patrimoine Mondial a inscrit le massif du Mont-Perdu au double titre de paysage naturel et culturel en 1997. Trois rappels ont été déjà adressés à la France sans aucun effet.

Quelques extraits de ce dernier rapport de 27 pages figurent ci-dessous. Vous pouvez demander des précisions complémentaires ici.
Rappels
  ''Suite à la demande du Comité du patrimoine mondial lors de sa 28° session (Suzhou, 2004) (Décision 28 COM 15B.36), de mettre fin aux activités contestées du Festival en ce lieu, le réalisateur a annoncé fin 2004 qu'il cessait cette manifestation et aucune autorisation nouvelle n'allait être délivrée.

Lors de la 29° session du Comité (Durban, 2005), la France a fait savoir que le festival n'aurait pas lieu cette année et qu'en outre, les partenaires institutionnels et associatifs étudiaient actuellement des alternatives, dans le cadre de la mise en place du dispositif et du programme de gestion du bien, destinés à maintenir sa valeur universelle exceptionnelle. Finalement, et pour des raisons politiques locales, il a été décidé d'autoriser le Festival à La Courade pour la dernière fois en 2006.

En juin 2006 le Maire de Gavarnie faisait part, dans une lettre adressée au Centre du patrimoine mondial, de sa volonté de recevoir une mission d'expert afin d'évaluer sa proposition pour un site alternatif à l'emplacement actuel du Festival de Gavarnie. Le Centre du patrimoine mondial avait alors proposé à la Délégation permanente dans sa lettre du 24 août 2006 d'explorer la possibilité d'une telle mission auprès des autorités nationales compétentes et de lui faire parvenir une invitation aussi tôt que possible. Par ailleurs, dans une deuxième lettre datée du 24 Juillet 2006, le Maire de Gavarnie a informé qu'une solution alternative d'emplacement pour le déroulement du Festival a été validée par le Conseil Municipal de Gavarnie le 29 juin 2006''

''En dépit du fait que les autorités françaises avaient promis que le Festival aurait lieu pour la dernière fois en 2006 au lieu-dit La Courade, les autorités départementales l'ont autorisé à nouveau pour 2007.''
 
Extraits des pages 18, 19 et 20
. ''Il est important de souligner que ni les experts, ni le Comité du patrimoine mondial, ni l'UNESCO, ni le gouvernement français, ni les associations n'ont demandé la suppression du Festival; tous ont préconisé son déplacement hors du site du patrimoine mondial, mais en l'adaptant pour mieux correspondre à l'esprit du lieu.''

''Le Cirque de Gavarnie lui-même est sans conteste le point d'accrochage et le symbole du bien du patrimoine mondial. L'implantation d'équipements importants et la tenue d'un festival affectant plus d'un mois le site durant la haute saison touristique est une atteinte visuelle et spirituelle importante au site: ces activités sont donc en contradiction avec les arguments avancés lors de l'Inscription, ce qui a immédiatement été souligné lors de l'examen de la candidature par les experts. En outre il est relativement récent et n'est pas lié à une activité traditionnelle.'' ''Pour plus de détails on se réfèrera au chapitre 14.06 du questionnaire du Rapport périodique, Section II (rédigé par les instances responsables de l’Etat, partie française) qui contient une excellente description des impacts et de la perception du site par les visiteurs.'' ''... Dans un même ordre d'idée, dans la suite des succès du festival théâtral de Gavarnie, iI convient de contrôler les tentations de multiplier festivals et animations sans rapport avec le sens de l'inscription sur la liste du patrimoine mondial - animations diverses à l'affût d'un public, qui se plaquerait sur la réputation d'un décor et qui à terme risqueraient d'occulter le contenu culturel du patrimoine mondial.''

Pour l'heure, le festival de Gavarnie est une réalité, un événement fructueux pour le village et qui recueille un large consensus. En revanche le lieu où il se déroule est parfaitement incongru selon le mot des experts UICN et ICOMOS. Le problème a déjà été évoqué dans de précédents rapports, dans d'autres rubriques de cette évaluation, aussi nous limitons nous, ici, à un bref résumé:

Lors des expertises et de l'Inscription, a été pris l’engagement de déplacer ce festival de quelques centaines de mètres afin qu'il ne se déroulât plus en un lieu aussi controversé. Engagement qui n'est toujours pas respecté.

Si, en effet, le festival au lieu-dit de la Courade n'occasionne pas de dégradation majeure à l'environnement naturaliste, en revanche il offre en pleine saison de tourisme - de tourisme social - une inadmissible image profanée du paysage consacré. Ceci d'autant plus qu'après un parcours dans une ambiance peu valorisante -village et abords immédiats- le visiteur éprouve un sentiment de rechute quand il découvre, au-delà du verrou glaciaire, la banalité et le désordre des infrastructures du spectacle (chaises, projecteurs, véhicules, tentes, scène, décors, poubelles...), le verrou glaciaire constituant pourtant en ces lieux, une toute autant authentique que symbolique porte d'entrée dans le cœur du patrimoine mondial.

Il est un autre aspect, très rarement souligné. En cet endroit où se rencontrent en une vision exceptionnelle l'espace pastoral et la minéralité de la haute montagne, ces spectacles qui n'empruntent du site que ses ''aspects décor'', constituent une véritable provocation à l'égard de l'essence même du paysage culturel. Ils sont une dégradation culturelle au même titre que des aménagements disproportionnés et inconvenants seraient une atteinte à l'environnement et au paysage naturel du site. Et se renouvelant chaque année ces manifestations inacceptables se révèlent pérennes.

Toutes les conditions sont désormais réunies pour que les engagements promis lors de l'élaboration du dossier d'inscription soient enfin honorés.''
 
  'La solution acceptable pour tout le monde ne dépend donc que de la volonté politique de l'accréditer....'  
  Il faut souligner que la tenue du festival a un aspect hautement symbolique; son impact direct peut apparaître limité, mais il a un impact indéniable et significatif sur l'intégrité globale du site. Son maintien et la situation de blocage qui en est issue démontre avant tout le manque d'appropriation de l'inscription du site au patrimoine mondial par tes autorités locales.

Il est assez difficile d'estimer l’impact potentiel sur les visiteurs du festival, et par là sur le commerce local, d'un déplacement en aval du site du patrimoine mondial. A notre avis, il s'agit surtout d'une question de volonté d'adhésion aux principes du patrimoine mondial et une campagne d'information adéquate devrait permettre de transformer en avantages les prétendus inconvénients majeurs provoqués par le déplacement.

' La mission a examiné le site durant et juste après le festival et a assisté à l'avant-dernière représentation. Les équipements techniques et les tribunes, permettant d'accueillir plusieurs milliers de spectateurs par soirée, sont importants. Outre leur impact visuel, ils entraînent des perturbations importantes pour leur transport dans et hors du site, sur une route pénétrant à l'intérieur du site et du Parc National, et fermée au trafic. Il faut cependant reconnaître qu'un cahier des charges assez précis et restrictif concernant les impacts a été prépare par la commune et semble bien être respecté.

Une modification des limites du site a été évoquée; celle-ci résoudrait partiellement le problème sur le plan administratif, mais ne modifierait en rien l'impact sur le site lui-même pris comme une unité du point de vue esthétique et fonctionnel, car l'impact visuel sur l'ensemble du site resterait identique.

NB.
A la suite de la visite des experts, et peu avant les débats du Comité du patrimoine mondial, en 1997, l'Etat français s'était engagé dans une lettre à déplacer le festival, ce qui avait sans aucun doute eu une influence sur l'issue des discussions. Malheureusement, à peine quelques jours après la décision d'inscription, un premier report de ce déplacement avait été consenti, suivi par de nombreux autres jusque et y compris pour l'année 2007.
 
  Les arguments présentés pour la poursuite du festival, ou de toute autre forme d’activité culturelle comme source d’attraction touristique et de revenu pour les commerçants locaux, nous paraissent justifiés, bien que nous n’ayons jamais eu accès aux comptes, malgré plusieurs demandes ; nous répétons qu’il n’a jamais été question de suppression du festival, mais nous pensons que son réaménagement sur un autre site, plus accessible, permettrait de lui donner une valeur ajoutée et de le compléter par d’autres activités s’étendant sur l’ensemble de la saison.

Par contre les arguments justifiants son maintien à la Courade nous paraissent peu convaincants et bien faibles vis-à-vis des impacts sur le site. Les représentations ont lieu de nuit, et en plus le spectacle n'intègre pas le fond montagneux et l'environnement dans lequel il se déroule. Le retour dans la nuit de plusieurs milliers de personnes pourrait poser des problèmes de sécurité en cas d'orage par exemple; l'accès aux handicapés est difficile et le fond du Cirque accumule l'air froid descendant des montagnes et l'humidité.

Plusieurs sites alternatifs ont été proposé en limite du site du patrimoine mondial ou à l'extérieur de celui-ci, à des distances variables entre le village de Gavarnie et le site actuel Différentes évaluations ont été faites; elles arrivent à des conclusions plus ou moins semblables, même si elles divergent assez fortement concernant l'aspect financier de l'opération.

Elles montrent que des alternatives réalistes existent, avec dans chaque cas un certain nombre d'avantages et d'inconvénients.'' ''Nous recommandons donc fermement le déplacement hors du site du patrimoine mondial et son adaptation pour correspondre à l'esprit du lieu.''
 
Extraits pages 26 et 27.
• Points spécifiques
  Déplacer définitivement dès 2008 le festival hors du site actuel à Gavarnie; adapter la forme du festival au site (et non l’inverse) et étudier une nouvelle forme de festival mettant en valeur le site du patrimoine mondial.

Préparer une stratégie de communication expliquant ce déplacement et pour promouvoir le festival "nouvelle formule".
 
• Conclusion
  Afin de résoudre définitivement des problèmes locaux récurrents depuis 10 ans et de pouvoir se consacrer aux véritables enjeux de la gestion globale transfrontalière du bien, nous recommandons à l'Etat français de définir des objectifs à long terme, d'adopter une ligne d’action claire, de les communiquer aux parties concernées et de les mettre en œuvre en fonction d'un calendrier précis.

Concernant le Festival de Gavarnie, au vu des arguments présentés par les différents acteurs, après avoir examiné l'importante documentation mise à notre disposition et suite à la vision locale, nous confirmons la recommandation de déplacer définitivement le festival dès 2008 hors du site de la Courade. Nous encourageons, en outre, les autorités concernées à réétudier de façon fondamentale le concept même du festival, afin d'adapter le festival au site et non l'inverse, comme cela a été fait jusqu'à présent Nous voulons souligner que le Festival de Gavarnie, s'il se concentrait sur la vie de la montagne avec ses traditions tangibles et intangibles, pourrait être une excellente occasion de renforcer l'identité et la signification du bien parmi les locaux autant que les visiteurs.

De plus, il pourrait s'agir d'une activité plus complète s'étalant sur une plus longue période de l'année, même hors saison, et qui attirerait des touristes avec des attentes plus spécifiques et créerait une meilleure visibilité et un plus grand intérêt pour le site. Un événement culturel de ce type serait aussi une excellente occasion de promouvoir la coopération transfrontalière grâce à une collaboration avec d'autres événements similaires organisés du côté espagnol, et des réunions communes illustrant les traditions historiques locales. Cependant, un tel festival n'est pas compatible avec le site de La Courade en raison de son incompatibilité avec les valeurs naturelles et culturelles du patrimoine mondial ainsi qu'avec les exigences opérationnelles d'un événement de cette envergure''